21.10.2011

Fichiers

Les multi tiennent-elles des fichiers sur des personnes de leur personnel ou de leur environnement économique ? Bien sûr, on le verra sous Big Brother. Echangent-elles ces données ? Sans doute, avec leurs consœurs les plus proches. Il existe dans chaque branche des liens assez étroits entre firmes concurrentes et néanmoins amies, surtout basées dans un même pays. Il est dès lors facile d’imaginer qu’elles échangent discrètement des renseignements pour se protéger contre des indésirables qui voudraient entrer dans un contrat de travail ou dans une relation de confiance avec l’une d’elles. C’est un de leurs multiples moyens de défense contre l’extérieur.

Les multi vont parfois jusqu’à espionner directement leurs ennemis potentiels (groupuscules d’extrême-gauche ou consuméristes) pour observer, voire influencer leur action. A l’occasion, elles auront aussi un œil sur leurs associates, potentiellement tentés par l’argent qui passe devant eux.

20.10.2011

Crime

Quelles sont les relations des multi avec le crime ? Un rôle passif de toute façon, car les multi n’aiment pas la face cachée des choses, c’est toujours et encore une fois à cause de leur image. Il faut voir avec quelle ardeur les attachés de presse rejettent l’employé indélicat qui fait la une des quotidiens pour ses ennuis avec la justice !

Etre criminelle serait pour une multi un désastre mortel à tous les coups, même si certaines pourraient de temps à autre franchir la limite purement éthique. Le problème, c’est que l’abondance d’argent drainé par les multi attire logiquement le crime organisé. En dehors des manœuvres liées à la corruption, on trouvera parfois des phénomènes de trafic et de chantage. Il y a eu des cas par exemple où le directeur des ressources humaines d’une grande usine payait de sa poche des salaires d’ouvriers qui avaient été licenciés. Car l’éviction de ceux-ci, protégés par des éminences locales, créait un danger sur la santé du directeur.

19.10.2011

Image

L’image est la façon dont l’entreprise est perçue de l’extérieur, quelle que soit la réalité. C’est une priorité absolue pour les multi, car seule une image positive, incorporant les notions d’intégrité, de souci de la santé et de respect de l’autre, est à même de générer un flux de vente dans les proportions attendues. Que ce soit dans sa politique de communication (publicité) et dans son attitude face au public, la multi doit s’efforcer en tout temps de préserver une image positive, qui sera également un argument-clef dans toutes les décisions prises par ses cadres.

18.10.2011

Concurrence

La concurrence a su révéler ce que les produits avaient de meilleur, et ce que les êtres humains avaient de pire !

17.10.2011

Directives

Les directives sont l’arsenal législatif de la multi. Ce sont des règlements, classés par thèmes, que les dirigeants et les associates doivent impérativement appliquer sous peine de sanctions diverses. Plus épaisse sera la couche de ces directives, plus la multi montre aux Etats sa propre puissance et son aptitude à diriger les gens. Une directive peut régler jusqu’au moindre détail la vie professionnelle d’un individu, le priver de ses choix et de tout pouvoir décisionnel. Par ce moyen, la multi exerce une surveillance passive sur ses dirigeants, surtout ceux qui sont localisés loin du siège. Il a tout de même sa police, l’audit interne, formée de jeunes limiers sans états d’âme qui vont contrôler chaque trois ou quatre ans, à la terreur de leurs hôtes, la stricte application des directives. Un bon rapport d’audit interne ne vaut rien pour votre promotion si vous dirigez une filiale, mais un rapport médiocre peut peser bien plus sur votre mise à l’écart.

Ici encore, la multi fait un pied de nez à l’Etat : celui-ci peut-il dicter votre façon de vous habiller ? La multi, oui, si elle veut.

07.10.2011

Kafka

Vu ses objectifs et ses fonctionnements fortement orientés sur la collectivité au détriment de l’individu, la société qui règne dans une multi peut rapidement se déshumaniser et prendre une tournure kafkaïenne. Ce phénomène frappe universellement les multi de grande taille (dès 100'000 personnes environ). Les décisions sont forcément lointaines de la plupart des individus, prises par des inconnus qui n’en ont pas détaillé les motivations ni précisé les modalités d’exécution. L’on tend dès lors à agir par automatisme et à perdre la moindre vision d’ensemble. Cette situation peut devenir pénible pour les associates et pousse les multi à occuper le champ de la communication par des discours rassurants orientés sur les valeurs. Des séminaires toujours plus nombreux et plus absorbants sont mis sur pied pour garder le contrôle, mais ceci ne suffit pas à faire taire les ragots, soupirs, sarcasmes et ricanements qui sont un bruit de fond typique de la vie quotidienne des grands groupes, largement ignoré dans le monde des PME. On retrouve toutefois ce phénomène parmi les fonctionnaires.

06.10.2011

Expatriés (II et fin)

Les « expats » vivent parmi les expatriés d’autres multi dans un monde d’expatriés, surtout dans les pays pauvres où leur milieu tend à ressembler à un ghetto doré. Ils conservent ainsi intacte la culture d’entreprise de leur firme, et sont protégés de la culture ambiante, dont leur entreprise n’a que faire.

Ainsi, les filiales lointaines du groupe, loyalement gardées par ces gens du sérail, restent culturellement très « pures » et raisonnablement faciles à administrer.

05.10.2011

Expatriés (I)

Dans sa diversité de nationalités, la multi est un grand vecteur de mélange de populations. Elle cultive la mobilité des cadres et s’évertue à déplacer à travers le monde ses agents les plus précieux. Le CV d’un cadre fidèle doit se garnir de deux ou trois étapes exotiques pour lui permettre de croire aux plus hautes destinées internes. Il se retrouve donc expatrié pour un séjour lointain, dont la durée est strictement réglementée par le groupe : assez pour connaître de façon rentable le pays d’accueil, ses gens et sa culture, pas trop pour éviter au voyageur de trop prendre racine, voire de s’exposer à des mœurs locales indésirables (népotisme, trafic d’influences, corruption, etc.). Il rebondira ensuite, à la manière d’un diplomate, vers des places toujours plus prestigieuses (ou moins, si sa carrière tourne mal par la déconfiture de son clan).

04.10.2011

Confidentialité

La confidentialité, qui peut se décliner en une vaste palette de nuances (usage interne exclusif, ne pas imprimer, etc.), est un outil très intéressant de discrimination interne fortement lié au pouvoir des individus qui composent la multi. En général, un document classé confidentiel contient des renseignements dont l’exactitude est sujette à caution, dont l’actualité se perd très rapidement et surtout dont l’intérêt est extrêmement faible. La multi a peu de choses à cacher au monde, elle préfère au contraire le mensonge et l’intoxication, armes bien plus divertissante et qui atteindra les concurrents.

Une règle d’utilisation bien simple pour le peuple des multi : si vous devez demander l’information, c’est qu’elle ne vous est pas destinée.

03.10.2011

Habillement

Faut-il porter une cravate quand on travaille dans une multi ? Ceux qui y travaillent le savent, car la direction pense à tout et leur dicte l’habillement de chaque circonstance. La cravate de ces messieurs et le tailleur chic de ces dames sont la référence, mais cette règle se complique toujours plus d’une décennie à l’autre. Le « casual Friday », ou un moment de la semaine où l’absence de cravate est tolérée, se répand de plus en plus. Dans les réunions, chacun est surtout soucieux de la situation de cauchemar, celle qui finit toujours par se produire dans une carrière, et qui reviendra hanter vos nuits pour toujours : la réunion où vous étiez le seul à être venu sans cravate.

Un dernier conseil au sujet de la cravate, dont vous devez absolument vous souvenir au moment de passer à table au déjeuner d’affaires : une cravate neuve attire le potage du jour.

Toutes les notes